Les menaces se propagent silencieusement malgré les mises à jours (de Java)

Dans un article sur mon blog en langue anglaise, je reviens sur des événements très récents dans la diffusion de l’information de sécurité et leur utilisation par les délinquants numériques. En résumé:

  • Une mise à jour de Java est publiée le 16 avril
  • Le 17 avril des articles de sécurité publient certaines méthodes d’exploitation des vulnérabilités corrigées
  • Dès le 21 avril on voit dans la nature des plateformes d’exploit (voir l’article de ce blog sur la diffusion des virus) qui utilisent ces vulnérabilités de façon massive
  • Une méthode de contournement du message d’avertissement qu’affiche normalement Java avant d’exécuter une application est utilisée. Il en résulte ces derniers jours un doublement du taux de machines ciblées pour lesquelles l’attaque fonctionne (atteignant des taux de 20%).

Message d'avertissement de Java qui est contourné par certaines attaques de plateformes d'exploit actuellement.

Message d’avertissement de Java qui est contourné par certaines attaques de plateformes d’exploit actuellement.

Conclusion:

  • Vérifiez que votre installation de Java est à jour, et si vous n’en avez pas besoin désactivez Java dans votre navigateur (article de Slate vous guidant pour cette désactivation). L’ANSSI publiait il y a quelques jours un guide sur la sécurité des environnements d’exécution Java sur les postes de travail, plutôt destiné à un public professionnel.
  • Il est grand temps que la communauté de la sécurité réfléchisse un peu plus avant à la diffusion de l’information sur les vulnérabilités et sa coordination avec l’information du public sur les risques.
  • A quand un service de « météo » de la sécurité des ordinateurs personnels?

L’article en anglais contient quelques détails supplémentaires.

Hameçonnage: quelques conseils

Suite à un reportage ce soir sur M6, dans l’émission Capital, quelques conseils:

  • Cela peut paraître évident, mais parfois certains tombent dans le piège: si vous recevez un courrier électronique d’une entreprise dont vous n’êtes pas client et qui vous parle de problèmes avec votre compte, ce n’est forcément pas légitime et le plus souvent ce sera une tentative de hameçonnage.
  • Si c’est une entreprise dont vous êtes client ou une administration que vous connaissez, faites attention au lien sur lequel vous êtes invité à cliquer (il apparaît en général lorsque vous passez votre souris au-dessus du lien lorsque vous cliquez). Dans certains cas, le lien aura l’air légitime, mais une fois que vous aurez cliqué dessus c’est sur un tout autre site que vous serez redirigé. Si vous avez un doute, n’hésitez pas à taper vous-même l’adresse que vous connaissez déjà, par exemple avec le favori que vous avez mémorisé dans votre navigateur.
  • Attention, contrairement à ce qui était dit à la fin du reportage, ce n’est pas parce que le site est en https:// que vous êtes en sécurité contre un hameçonnage. Si le site malveillant utilise ce protocole de sécurisation, vos données seront sécurisées entre votre ordinateur et le site de l’escroc, mais tomberont bien dans les mains de l’escroc. Il est rare de rencontrer des sites de hameçonnage hébergés de cette façon-là, mais ils existent bien.
  • Une fois connecté sur un site, une dernière caractéristique du hameçonnage est qu’on vous demande parfois beaucoup plus d’informations que celles auxquelles vous avez l’habitude de répondre.
hameconnage-caf

Exemple de site Web de hameçonnage se faisant passer pour la CAF avec beaucoup de questions (code postal, identifiant, code personnel et date de naissance)

  • Enfin, certains hameçonnages sont plus rudimentaires et vous demandent carrément de fournir des informations confidentielles par retour de courrier électronique. N’y répondez pas !

Quelques réactions utiles pour vous protéger et aider à protéger les autres:

  • Vérifiez régulièrement vos comptes bancaires et si vous avez accès à des options gratuites qui vous avertissent par SMS lors de transactions qui dépassent votre découvert autorisé, n’hésitez pas à en profiter.
  • Les grandes marques agissent suite à vos signalements et un courrier électronique à l’adresse abuse@(domaine de la marque) est très souvent traité rapidement, comme il est indiqué dans le reportage pour l’adresse abuse@orange.fr
  • Les courriers électroniques de hameçonnage peuvent être transmis à Signal Spam pour mieux lutter contre leur diffusion.
  • Les URL (l’adresse du site Web) de hameçonnage peuvent être signalées à Phishing-Initiative. Ils seront vérifiés et ensuite rapidement bloqués dans un grand nombre de navigateurs Web (Internet Explorer, Firefox et Chrome). L’équipe de Phishing Initiative tient un blog où vous trouverez des exemples de hameçonnage.
  • Enfin, en cas de doute, vous pouvez contacter le service client de l’entreprise concernée ou recueillir des conseils auprès du numéro Info-Escroqueries mis en place par le ministère de l’Intérieur: 0811 02 02 17.

Malheureusement, on se fait parfois avoir. Dans ces cas-là, signalez rapidement l’information à votre banque. Vous pouvez aussi déposer plainte. Dans ce cas, gagnez du temps et fournissez en même temps tous les éléments qui seront utiles (relevés de compte, références de votre abonnement Internet, copies d’écran des courriers électroniques et pages de hameçonnage si vous les avez encore – dans l’idéal les codes source de ces informations, Signal Spam vous explique comment obtenir le code source des courriers électroniques en bas de cette page et pour les pages Web, la commande commune à la plupart des navigateurs Web est Ctrl+U / Pomme+U sous MacOS ou encore grâce à une fonction du menu qui apparaît avec un clic droit de la souris).

Halte aux rançongiciels

Pour aider les utilisateurs à mieux prévenir les risques liés aux virus informatiques et en particulier les rançongiciels que j’ai déjà évoqués ici dans deux articles (en décembre 2011 et en mai 2012), la communauté qui anime le wiki botnets.fr lance aujourd’hui un site d’information:

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Signaler le spam

Il n’est pas besoin de préciser ce qu’est le spam, en général tout internaute même débutant y a déjà été confronté, c’est une des plaies principales de la vie sur Internet.

Plusieurs sources permettent d’avoir une idée de l’ampleur du problème. Ainsi, Trustwave publie une page de statistiques tenue automatiquement à jour, avec des informations intéressantes sur le volume de spam (73% des courriers traités par leurs plateformes) ou encore leur source (essentiellement des botnets, comme Lethic, Cutwail, Grum, Kelihos,…) ou leur sujet (médicaments, propagation de virus informatiques, contrefaçons, etc…). Un autre prestataire de solutions antispam, Cisco Ironport, annonce des taux identifiés autour de 85%; Barracuda Networks relève près de 80% dans ses mesures. Le M3AAWG enfin relève un taux assez constant de l’ordre de 88 à 90% de messages jugés « abusifs ».

Les catégories de spam selon le rapport de Kaspersky Lab en août 2012 (cliquer sur l’image)

Pour beaucoup d’internautes, une solution antispam est mise en place par leur opérateur, qu’il s’agisse de solutions commerciales comme celles que nous venons d’évoquer ou de solutions basées sur des logiciels opensource comme SpamAssassin, ASSP ou DSPAM. Ainsi, l’essentiel des spams ne parviennent jamais dans votre boîte aux lettres. Certains dont la destinée est incertaine parviennent automatiquement dans une boîte intitulée « Spam » par votre prestataire de messagerie, vous permettant d’y récupérer éventuellement des faux positifs. Enfin, quelques-uns parviennent tout de même à passer les barrières et arrivent jusque dans votre boîte aux lettres principale.

Finalement, en plus des messages légitimes de ses correspondants, on reçoit dans sa boîte aux lettres quelques messages malveillants, qui ont réussi à passer les solutions de sécurité existantes, ainsi que des messages à caractère commercial dont certains nous intéressent mais pour d’autres on ne sait pas toujours pourquoi on en est rendus destinataires ou s’il est possible de ne plus les recevoir.

Nous avons ainsi plusieurs catégories de messages dans les boîtes des usagers:

  • des courriers légitimes de la part des contacts des internautes;
  • des courriers à caractère commercial que l’usager souhaite recevoir (factures et états de commande, information commerciale souhaitée comme des promotions) – la prospection commerciale n’est pas en soi illégale, c’est contre les abus, les mauvaises pratiques, voire les pratiques illégales qu’il faut lutter;
  • des courriers totalement illégaux (hameçonnage, vente de produits illégaux, diffusion de virus informatiques);
  • des courriers à caractère commercial que l’usager ne souhaite pas recevoir (prospection commerciale non souhaitée ou plus souhaitée); dans cette catégorie, on retrouve plusieurs cas, selon que la prospection est réalisée à partir d’informations personnelles collectées:
    • directement auprès du destinataire avec son consentement (et il a le droit de s’y opposer ultérieurement);
    • par des tiers auprès du destinataire et fournies à l’annonceur de façon transparente et légale (même commentaire);
    • par des tiers auprès du destinataire et fournies à l’annonceur sans l’autorisation de la personne (et il s’agit au moins d’un dysfonctionnement, voire d’une action illégale);
    • illégalement (sans le consentement éclairé et librement exprimé par la personne), par exemple en collectant les adresses publiées sur des forums.

Pour les messages qui arrivent finalement dans sa boîte de courrier électronique et qu’il ne souhaiterait pas recevoir, il n’y a que l’internaute qui puisse agir. C’est pour traiter le problème de ces messages non filtrés par les plateformes automatisées qu’est né le projet Signal-Spam en 2003, sous l’impulsion de la direction du développement des médias. D’abord il s’agissait d’un groupe de contact contre le spam, qui est devenu une association loi 1901 en 2005. En 2007 l’association lançait son outil de signalement, une extension pour les logiciels de messagerie Thunderbird et Outlook. Enfin, il était possible d’avoir accès aux messages qui sont réellement problématiques pour les internautes.

Très concrètement, les messages qui sont signalés par les internautes font tous l’objet d’une intégration dans la base de données et sont triés en fonction de leur origine. Ainsi, des messages d’alerte peuvent être adressés sous forme de boucle de rétroaction, vers les personnes qui ont émis ces messages, soit qu’il s’agisse de membres de l’association, soit qu’ils fassent l’objet d’une convention spécifique. Chaque destinataire d’une boucle de rétroaction ne reçoit que les données strictement nécessaires pour lui permettre d’identifier les messages problématiques et ce uniquement pour des messages qu’il a pu émettre ou faire transiter.

Suivant l’association de loin en loin, parce que le sujet du spam fait partie de nos préoccupations professionnelles, j’ai accepté en juin 2011 de prendre à titre personnel une participation plus active dans cette association en étant élu vice-président (conformément aux statuts de l’association cette tâche m’est confiée à titre personnel et non en tant que personnel de la gendarmerie et les membres du bureau ne reçoivent aucune rémunération pour leurs fonctions). En effet, nous partagions tous le constat que le fait que l’association existe était positif, mais qu’il y avait de gros progrès à faire sur ses moyens d’action, c’était donc logique de m’investir un peu plus. Mon engagement a donc comporté deux volets: le développement de l’association – et notamment accompagner ses progrès dans la prise de conscience collective de la nécessité de combattre contre le spam, et la construction d’une démarche déontologique, garante des moyens d’action de l’association.

Mettre tous les acteurs autour de la table

Dans La cybercriminalité en mouvement (Ed. Hermès-Science Lavoisier, 09/2012), j’ai consacré tout le chapitre 11 (Le partage comme arme) à la conviction que j’ai construite avec les années qu’il est indispensable d’échanger et d’agir collectivement avec toutes les parties prenantes pour traiter les problèmes liés à la cybercriminalité. Ça semble évident, mais encore faut-il le réaliser concrètement.

Ainsi, la France s’est dotée par la loi en 2001 d’un Observatoire de la sécurité des cartes de paiement, plaçant autour de la table, dans un cadre institutionnel, des élus, les administrations, les banques, les consommateurs, les commerçants, les schémas de paiement par carte bancaire et des experts choisis pour leurs compétences. Autre expérience intéressante, le Forum des droits de l’Internet a permis pendant presque dix ans de faire vivre le débat sur de nombreux sujets touchant aussi à la cybercriminalité, par exemple en matière de protection des enfants sur Internet. A l’étranger, on voit des initiatives du même ordre, tels des forums sur la fraude bancaire (Electronic crimes task force des Pays-Bas lancée en 2011), le projet Infragard du FBI aux Etats-Unis, ou l’association e-crime Wales au Pays de Galles. Toutes ces structures ont des formats et des objectifs différents, mais participent du même objectif de partage et de l’action collective.

Pour Signal-Spam, il était important d’avoir autour de la table non seulement ceux qui peuvent agir contre le spam reçu par leurs clients, mais aussi ceux dont le métier est l’envoi de courriers électroniques, qu’il s’agisse des annonceurs ou encore des professionnels auxquels ils font appel pour fabriquer leurs messages, identifier éventuellement les destinataires intéressés ou encore les relayer. D’abord pour bien comprendre comment tout cela fonctionne, établir le dialogue entre tous les professionnels, ensuite pour être en mesure de transmettre efficacement à ces acteurs l’information sur les plaintes qui remontent des usagers.

Ainsi, les fournisseurs d’accès reçoivent à destination de leurs usagers des messages illégitimes ou abusifs, mais ils peuvent aussi émettre à leur insu de tels courriers électroniques, par exemple lorsque certains de leurs clients sont contaminés par un virus informatique lié à un botnet émettant du spam. Les annonceurs et les professionnels de la messagerie ont aussi leur place. C’est une critique qui est souvent faite à Signal Spam que d’avoir parmi ses membres des entreprises qui sont parfois négativement perçues par le public, et c’est pourtant ce qui fait son point fort, car elle est en mesure ainsi d’agir directement sur leurs pratiques et de leur faire parvenir efficacement les plaintes des internautes. Pour ceux dont le métier est de faire de la prospection commerciale, ils ont tout intérêt à ce que leur message soit bien perçu par leurs destinataires. Enfin, on retrouve des sociétés spécialisées dans la sécurisation du courrier électronique et les organismes publics concernés par ces questions. La CNIL est concernée très directement par le travail de l’association dont les informations contribuent à orienter ses contrôles (ces contrôles peuvent d’ailleurs porter indifféremment sur des entreprises sans rapport avec Signal Spam ou si c’était nécessaire membres de l’association, voir le site de la CNIL). Les internautes participent directement par leurs signalements, on peut imaginer que dans un avenir proche des associations qui les représentent viennent compléter le tour de table.

Charte de déontologie

C’était un point clé de mon engagement l’an dernier, et nous avons mené ce projet collectif en quelques mois, en dotant l’association d’une charte de déontologie; elle a été adoptée par l’assemblée générale de juin dernier. Son contenu tient en quelques idées maîtresses:

  • afficher clairement les engagements concrets de ses membres dans la lutte contre les courriers non sollicités, chacun selon son rôle;
  • disposer d’un outil concret pour dialoguer avec les futurs membres sur les mesures qu’ils doivent implémenter avant de rejoindre l’association et avec les membres actuels pour mesurer avec eux leur action;
  • de spécifier les engagements des destinataires de boucles de rétroaction qui ne sont pas membres de l’association;
  • et garantir l’indépendance de l’association et des organismes publics associés par rapport à ses membres pour leur permettre de jouer un rôle de médiateur.

Ainsi, il s’agit tout autant de permettre aux internautes, dans le respect des règlements en place, de pouvoir facilement faire cesser tout message qu’ils considéreraient comme abusifs de la part d’un membre, directement auprès de ceux-ci parce qu’ils ont des fonctions transparentes et claires d’information et de désinscription ou encore de gestion des abus, que de permettre aux membres entre eux d’établir un dialogue pour la bonne circulation des courriers électroniques légitimes. Enfin, il s’agit évidemment de permettre à ce que l’action collective de Signal Spam soit réalisée sous les meilleurs auspices en traitant le plus efficacement possible les signalements reçus des internautes.

Dans les mois qui viennent, tous les membres de l’association auront ainsi informé leurs usagers de la façon dont ils ont implémenté la charte, le règlement intérieur va être adapté pour inclure très rapidement (dès ce mois d’octobre 2012 en pratique) la charte dans les procédures d’acceptation de nouveaux membres ou de destinataires de boucles de rétroaction. Enfin, il s’agit d’un document évolutif et des améliorations sont attendues sur le texte d’ici l’année prochaine sur la base des débats qui ont repris.

Pour l’avenir

La charte déontologique fait donc clairement partie des actions pour l’avenir, car il faudra faire le bilan de son application, mais d’autres chantiers sont entrepris. Le premier a été celui de la communication et un nouveau site Web a pu être enfin lancé au début de l’année 2012. Beaucoup plus dynamique, il va permettre de publier plus régulièrement de l’information et par exemple des efforts seront entrepris dès 2013 pour diffuser plus d’informations vers les internautes sur l’action concrète de l’association, notamment des informations statistiques.

De nouvelles extensions pour des logiciels de messagerie devraient voir le jour et d’autres modes de signalements proposés aux internautes, mais je laisse le soin à l’association de faire les annonces le moment venu, mon petit doigt me disant que les quelques semaines qui viennent devraient avoir leur lot de bonnes nouvelles.

Ensuite, une refonte complète du moteur qui traite l’ensemble des signalements au cœur de Signal Spam est en cours de réalisation et une plateforme de traitement plus performante devrait voir le jour en 2013.

Enfin, de nouveaux membres rejoindront nous l’espérons l’aventure et des partenariats seront développés avec des structures similaires dans d’autres pays pour échanger des informations qui nous concernent réciproquement, par exemple lorsque des adresses IP d’un autre pays sont à l’origine des messages signalés (ainsi, Signal Spam et son alter ego OPTA aux Pays-Bas ont déjà signé un partenariat).

Pour envisager d’autres pistes de notre travail, il faut se rappeler que le spam n’est pas présent que sur le courrier électronique, mais aussi sur des messageries instantanées, les réseaux sociaux – et on a déjà parlé ici de l’action du 33700 en matière de lutte contre le spam par téléphone. Ces autres plateformes sur Internet sont certainement un des axes de travail pour le futur de l’association.

Signalez, participez

Pour que cela fonctionne, il est indispensable que les internautes participent, par leurs signalements à cette lutte contre les messages non sollicités.

La mise en place du nouveau site Web a entraîné des difficultés concrètes pour la réalisation des signalements et de nombreux internautes nous ont patiemment aidé à résoudre ces problèmes en contactant l’association. Aujourd’hui, des difficultés beaucoup moins nombreuses, mais réelles sont parfois rencontrées au moment des pics de trafic. C’est une des raisons pour lesquelles nous allons faire évoluer l’infrastructure. Toutefois, en attendant cette migration majeure, des évolutions plus discrètes sont régulièrement réalisées pour améliorer nos capacités dans l’architecture actuelle. Le chargé de mission de l’association s’efforce d’apporter des réponses à chaque internaute qui fait part de difficultés, mais des efforts seront encore entrepris en 2013 pour mieux informer les utilisateurs sur les incidents techniques.

Aussi n’hésitez pas à participer en vous inscrivant, en signalant les courriers électroniques qui vous posent problème, et si nécessaire en nous faisant part des difficultés techniques quand vous en rencontrez.

Je suis bien conscient qu’il y a encore énormément de chemin à parcourir et que le problème du spam est loin d’être réglé en France. Il est possible donc qu’il y ait des commentaires négatifs suite à ce billet sur la qualité des résultats de Signal Spam. Je m’efforcerai de répondre à tous les messages du moment qu’ils sont, comme c’est la règle sur ce blog, écrits de façon conforme à la netiquette et constructifs.

Assises de la sécurité 2012 – Jour 1

Les Assises de la sécurité sont un des événements importants qui jalonnent l’année des professionnels de la sécurité des systèmes d’information en France où se rencontrent la communauté des RSSI (responsables en sécurité des systèmes d’information) et ceux qui leur apportent des solutions. Elles se déroulent sur trois jours alternant conférences invitées, ateliers de partage d’expérience et salon professionnel.

L’allocution d’ouverture donne cette année la tonalité avec une présentation remarquée de Patrick Pailloux, directeur général de l’ANSSI (agence nationale de la sécurité des systèmes d’information). Il propose trois points clés pour l’action des mois à venir:

  • Poursuivre les efforts en matière d’hygiène élémentaire de sécurité, sujet qu’il avait promu lors de son intervention en fin des Assises l’an dernier. L’ANSSI publie ainsi aujourd’hui une première version d’un document contenant 40 règles permettant de concrétiser cette hygiène élémentaire dans les entreprises. Il est plutôt destiné aux organisations de taille moyenne à grande, même si l’essentiel des règles sont transposables dans les petites structures. L’ANSSI souhaite recevoir rapidement les premières réactions et propositions constructives pour améliorer ce document.
  • Savoir dire non. De la même façon qu’il existe des règles contraignantes pour emprunter les routes, il est important que les règles édictées pour la sécurité des systèmes d’information soient prises en compte sérieusement et contrôlées au sein des organisations. Elles sont nécessaires pour protéger les données et applications sensibles de l’entreprise. Il faut que les responsables et leurs hiérarchies soient en mesure de ne pas céder à toutes les modes, tout en apportant des solutions aux besoins premiers des organisations dans l’environnement concurrentiel ou en tous cas moderne dans lequel elles évoluent. Patrick Pailloux citait ainsi tout autant l’exemple des règles élémentaires autour de l’utilisation des contrôles d’accès aux applications (fermer l’accès quand on quitte son bureau) que la sécurité des accès nomades ou l’arrivée des objets communicants personnels dans les organisations.
  • Enfin, le directeur général de l’ANSSI a mis en avant la préoccupation principale de l’agence aujourd’hui: la sécurité des systèmes industriels et il a réaffirmé avec conviction la nécessité de déconnecter ce type de systèmes de l’Internet et d’explorer d’autres modes d’interaction entre les systèmes de production et les systèmes de communication classiques.

Ces Assises commencent donc avec un message placé sous le signe de l’ambition et de l’appel à l’action.

Vulnérabilité Java CVE-2012-4681 – Et si on devenait enfin responsables !

In English anglais

Mise à jour : 30/08/2012 20h10

Oracle vient de publier une mise à jour au moteur Java standard (versions 6 et 7). Il vous est recommandé de le mettre à jour si vous avez Java installé sur votre machine.

Une mise à jour de l’information sur cette vulnérabilité est publiée sur le site d’Oracle. Une analyse de la mise à jour est publiée ici.

Le tweet où tout commence

Vous en avez peut-être entendu (ou lu) parler ici (Korben), ici (eh oui ça touche les Mac aussi!), au Monde Informatique ou même ici (l’ANSSI vous en parle)… Assez peu toutefois dans la presse grand public (en tous cas je n’ai rien trouvé ?), même si des blogs destinés à un public assez large l’évoquent en détail (Numérama ou Malekal).

Il s’agit d’une faille (apparemment un cumul de deux failles), dites 0-day, parce que non révélées auparavant et encore exploitables parce que le produit qui est ciblé n’a pas encore été corrigé. Cette vulnérabilité, référencée sous le nom de code « CVE-2012-4681 » dans la base de référence américaine du MITRE, touche le moteur Java de la société Oracle dans sa version 1.7, soit la plus récente. Le CERT US détaille la vulnérabilité.

Chronologie

On vit cette fois-ci un enchaînement et une combinaison de phénomènes particulièrement défavorable (Eric Romang analyse aussi une partie de cette chronologie):

  • 04/2012… (j’en parle un peu plus bas)
  • 26/08/2012, FireEye publie sur son blog l’annonce de cette vulnérabilité jusque là inconnue. Elle leur est révélée grâce à l’étude de ce qu’ils décrivent comme une attaque ciblée d’un de leurs clients (d’autres spécialistes comme Eric Romang ou la société Trend Micro ne croient pas à cette analyse, mais plutôt à une vulnérabilité circulant déjà peut-être depuis quelques mois, Symantec de son côté effectue un rapprochementavec les attaques ciblée d’une équipe surnommée Nitro)
    • FireEye a eu quelques jours auparavant des soucis avec une découverte qui n’en était pas une, alors qu’ils annonçaient avoir découvert un serveur de commande du botnet Gauss, commun avec celui d’un autre botnet semblable, Flame. En réalité c’est la société antivirus Kaspersky Lab qui avait mis en place un serveur pour reprendre le contrôle de ces deux botnets. Cela a peut être précipité leur publication expresse de l’information sur cette vulnérabilité.
  • L’annonce est reprise de nombreuses fois dans beaucoup de blogs sur la sécurité informatique, y compris avec des codes de démonstration (PoC). S’agissant d’une vulnérabilité indépendante des systèmes d’exploitation, elle est potentiellement exploitable sur tous, de Linux à Microsoft Windows en passant par MacOSX.
  • 27/08/2012, il semblerait que les développeurs de différentes plateformes d’exploit annoncent à leurs ‘clients’ qu’ils vont pouvoir profiter eux aussi de cette vulnérabilité très rapidement (Brian Krebs en parlait lundi au sujet de BlackHole et très vite des chercheurs en sécurité repèrent des serveurs malveillants qui l’exploitent) et selon Kafeine (et ici), l’exploit kit Sakura et Sweet orange semblent être sur les rangs. Je vous ai parlé des plateformes d’exploit dans mon article de décembre 2011 sur le rançongiciel gendarmerie ou dans l’article de février dernier sur le botnet Citadel.
  • 27/08/2012, toujours, Rapid7 annonce que sa plateforme de tests d’intrusion et d’évaluation sécuritaire Metasploit intègre cette nouvelle vulnérabilité dans sa batterie de tests;
  • 28/08/2012, en fin de journée, l’équipe du Kaspersky Lab pousse un petit coup de gueule. On ne sait trop si c’est contre FireEye (encore, la guerre de communication entre les sociétés de sécurité ?) ou bien contre ceux qui ont publié très rapidement des « PoC » (proof of concept, démonstrateurs de l’exploitation de la vulnérabilité).

  • 29/08/2012, on apprend qu’Oracle aurait été avisé de ces vulnérabilités dès le mois d’avril (ComputerWorld) par la société polonaise Security Explorations. Notons qu’il est normal que des vulnérabilités ne soient pas corrigées immédiatement par les développeurs d’un logiciel, le développement d’une correction demandant parfois de nombreux tests pour éviter que de nouvelles failles ou dysfonctionnements soient créés par ces changements.
  • 30/08/2012, à ce jour, Oracle ne reprend toujours pas l’alerte sur cette vulnérabilité et ne semble pas vouloir publier de mise à jour avant celle qui est programmée pour le mois d’Octobre 2012:

Quelque chose ne va pas dans le monde de la sécurité

Je suis assez d’accord avec certains qui ne sont pas satisfaits de cette chronologie, même si elle permet de démontrer un enchaînement particulièrement prévisible, mais qui est ici exacerbé, en moins de trois jours on aura eu:

  • Une société de sécurité qui publie brutalement des informations sibyllines, mais assez faciles à déchiffrer, relatives à une vulnérabilité;
  • Quelques heures après, des chercheurs s’empressent de publier presque en se faisant la course au premier qui le fera, grâce aux éléments diffusés par la dite société, des détails sur la vulnérabilité et la façon de l’exploiter;
  • Un éditeur qui ne communique pas vers son public sur les mesures qu’il envisage de prendre tout de suite ou prochainement;
  • Quelques heures après, les démonstrateurs publiés sont directement intégrés dans les plateformes d’exploits utilisées par les groupes criminels;
  • Très rapidement, des victimes se font exploiter de façon massive, notamment pour diffuser les virus bancaires et autres rançongiciels particulièrement actifs actuellement.

Il est grand temps que les professionnels de la sécurité informatique se mettent enfin d’accord sur des procédures responsables de divulgation des vulnérabilités et ce de façon coordonnée (développeurs, comme chercheurs en sécurité de tous bords). Au vu des conséquences des exploitations aujourd’hui possibles grâce au type de botnets qui sont en activité, il est fort probable que plus de 100.000 euros aient été déjà détournées de victimes à travers le monde (les montants sont difficiles à évaluer, mais c’est l’ordre de grandeur de ce qu’on constate comme gains sur certains botnets en un ou deux jours et comme beaucoup agissent en même temps et que cette vulnérabilité n’est pas forcément celle qui est utilisée pour toutes les attaques il est encore trop tôt pour être plus précis), et vraisemblablement le compteur va finir de tourner tant qu’une mise à jour de Java n’est pas massivement diffusée. Par ailleurs, depuis lundi, des milliers de responsables informatiques se grattent la tête à travers la planète pour savoir comment sécuriser leurs réseaux et s’échangent des scripts pour rapidement désactiver Java 1.7 chez leurs utilisateurs.

Que puis-je faire chez moi ?

Sur un ordinateur personnel, il est vraisemblable que vous n’ayez pas besoin très souvent de Java, même s’il est parfois nécessaire pour certaines applications disponibles en ligne. Il est donc raisonnable d’envisager de désactiver Java dans son ordinateur, au moins pour la version 1.7.

Plusieurs sites expliquent les procédures: le blog Malekal, ou encore ici en anglais. Vous pouvez vous prémunir de ce type d’attaques et bien d’autre en installant des extensions de sécurité telles que NoScript (http://noscript.net/ pour Firefox ou Notscripts ou Scriptno sous Chrome) qui vous permettent d’avoir un contrôle site par site du lancement grâce à des programmes intégrés (scripts) de ce type de modules depuis une page Web.

Dans une entreprise, beaucoup seront peut-être encore à la version précédente qui certes a d’autres vulnérabilités mais permet de faire tourner certaines applications. Si Java n’est pas nécessaire dans votre entreprise, il semble aujourd’hui urgent de le désactiver pour éviter tout incident. Si Java 1.7 est indispensable dans votre contexte, il existe des correctifs non officiels qui pourraient vous aider.

Faites circuler l’information et continuez de vous tenir informés des bonnes pratiques.

Mise à jour : 30/08/2012 20h10

Oracle vient de publier une mise à jour au moteur Java standard (versions 6 et 7). Il vous est recommandé de le mettre à jour si vous avez Java installé sur votre machine.

Une mise à jour de l’information sur cette vulnérabilité est publiée sur le site d’Oracle.

Ne rappelez pas les inconnus qui vous appellent depuis un 0899…

Complément du 26/08/2012 13:32

Autre type de manœuvre assez « subtile » que l’on peut rencontrer pour vous inciter à appeler ces numéros en 0899XXXX, l’envoi de SMS comme dans l’exemple ci-contre que je viens de recevoir. Vous noterez que le SMS provient d’un numéro GSM banal (en 07, la nouvelle tranche de numérotation des mobiles) et non pas d’un numéro court ou d’un numéro en 089X. Ici, l’astuce consiste à vous dire que vous avez gagné un chèque et vous laisser supposer qu’il pourrait avoir un montant de 5000 euros (notez le point d’interrogation). Toutes les personnes qui témoignent n’ont gagné que quelques centimes d’euros, même pas payés par le prix de la communication. Encore une fois, il ne faut pas rappeler les numéros de ce type-là dans ces conditions, pour la bonne et simple raison qu’on ne doit pas en France payer pour participer à un jeu concours et les sommes liées à un tel numéro surtaxé vont bien au-delà du partage du coût de la communication.

Le message de cet article est assez simple: il ne faut jamais rappeler un appel depuis un numéro inconnu en 0899… même si on vous laisse un message vocal !

Le principe est lui aussi assez simple: des services fictifs sont montés, un numéro surtaxé obtenu auprès d’un opérateur avec un contrat en bonne et due forme et les victimes reçoivent ensuite des appels depuis le numéro. Parfois il n’y a personne au bout du fil, parfois une bande enregistrée. Sur les quelques milliers d’appels (dont le coût est ridicule pour celui qui les a émis), certaines victimes rappellent avec autant de fois 1,34€ et 0,34€/min sur la facture, d’où le nom d’appels à rebond ou ping call qui est donné à ce type de spam vocal. Je fais ici référence à ce qui se pratique en France, d’autres tranches de numéros surtaxés existent dans les autres pays: voir cet article de Wikipédia Premium-rate telephone number.

Les numéros surtaxés ont des usages parfaitement légitimes et permettent – depuis des dizaines d’années maintenant – de payer pour un service auquel on accède par téléphone. C’est simple, ça évite de donner son numéro de carte bancaire ou son nom, que l’on appelle un service de renseignement, un numéro de téléphone « coquin » ou une « voyante », un service d’assistance technique parfaitement légitime… La seule obligation est d’avertir le consommateur du prix de la communication (petit message au début) et d’offrir évidemment le service qu’il attend.

Dans les cas que j’évoque ici, il n’y a aucun service au bout du fil, parfois il est simulé et on vous incite par une manœuvre qui pourrait être qualifiée de frauduleuse à contacter ce service. On doit avoir une raison objective d’appeler un numéro surtaxé et le simple fait de recevoir un appel depuis ce genre de numéro ne sera jamais une bonne raison. Il est possible que votre numéro ait été collecté à cette fin pour que vous soyez prospecté, mais il est tellement plus simple de fabriquer automatiquement des listes de numéros, le nombre de combinaisons étant limité.

Note: la même technique existe avec l’envoi de SMS faisant la publicité de ce même type de services (ou des numéros SMS Premium), et suit le même principe.

Si vous recevez un appel depuis un tel numéro, comme pour les spams par SMS, il est possible de les signaler au 33700. Il ne vous en coûtera rien depuis Orange, SFR ou Bouygues Télécom qui sont partenaires dans la gestion de ce service de signalement, et le coût est celui d’un SMS normal depuis les autres opérateurs français. Suite aux signalements, des vérifications sont effectuées sur les services offerts et s’ils sont identifiés comme frauduleux, le contrat peut être rompu.

Enfin, plusieurs sites vous donnent des informations sur les méthodes pour bloquer certains appels, par exemple cet article de commentcamarche.net.

Le sujet que j’évoque ici n’est pas nouveau, j’en suis bien conscient, mais il continue de proliférer et il est important de faire circuler l’information.

Que fait le régulateur ?

Alex Archambault me signale sur Twitter (@AlexArchambault) que l’ARCEP a pris très récemment une décision importante. Elle est téléchargeable sur le site de l’ARCEP et date du 17 juillet 2012. En particulier, avec effet immédiatement, il est interdit d’utiliser un numéro en 089X comme identifiant d’appel, justement pour éviter ce type de pratiques. A suivre donc !

Dénoncer les atteintes aux mineurs sur Internet

Un des points de départ de la réflexion sur cet article, est la question de savoir s’il faut réagir aux actions de certaines personnes se réclamant des Anonymous et qui montent différentes opérations contre des sites pédophiles, propédophiles, diffusant des images ou des discussions en rapport avec ces sujets (voir l’article du Monde.fr).

Que se passe-t-il? Des personnes publient des listes de noms, d’adresses électroniques, voire d’adresses postales qui auraient été retrouvées sur différents espaces de discussion, ou d’échanges en rapport avec les atteintes aux mineurs. Par ailleurs, ils s’en prennent à certains de ces sites pour en empêcher le fonctionnement, voire à certains hébergeurs. Enfin, l’information est relayée dans la presse est l’une des questions qui se pose est de savoir s’il peut y avoir des suites judiciaires. Les personnes qui critiquent ces actions se voient parfois reprocher d’être favorables aux pédophiles.

Pour l’instant, il semblerait que sont essentiellement concernés des personnes résidant en Belgique ou aux Pays-Bas.

Beaucoup de problèmes sont soulevés par ces actions:

  • ceux qui les réalisent commettent différentes infractions et ils pourraient être mis en cause ;
  • de façon générale, il n’est pas du rôle du public de mener des enquêtes, mais celui des autorités judiciaires, dans le cadre prévu par la loi qui préserve les droits des individus et la présomption d’innocence ;
  • au passage, des personnes totalement innocentes peuvent voir leur identité mise en relation avec des infractions qu’ils n’ont pas commises, qu’il s’agisse d’erreurs d’appréciation, d’absence de preuves, de pseudonymes ou d’homonymes ;
  • il n’est pas certain que cela puisse permettre des enquêtes judiciaires, selon les circonstances et selon les pays ;
  • des enquêtes judiciaires en cours pourraient être compromises, notamment s’agissant d’opérations visant à infiltrer ce type de plateformes.

Sur Twitter aussi

Ce qu’il ne faut pas faire sur Twiter

Une autre série de débats est née de multiples « retweets » ces derniers jours appelant à signaler des comptes Twitter soupçonnés soit très clairement de diffuser des images à caractère pédopornographique, soit d’être favorables à la pédophilie. On pourra notamment lire l’article du Figaro à ce sujet et un article de blog cité par cet article (blog de Paul da Silva).

Que font les services d’enquête et la justice ?

L’action dans ce domaine est quotidienne et résolue, en Europe et plus particulièrement en France. La législation française est particulièrement claire, réprimant tout aussi bien la pédopornographie que les propositions sexuelles à des mineurs de moins de quinze ans. La pédopornographie est toute représentation pornographique mettant en scène des mineurs (c’est-à-dire des personnes de moins de 18 ans). Sont interdites la fabrication de ces documents (images ou vidéos notamment), leur diffusion ou encore leur détention ou leur consultation habituelle. Plusieurs dizaines d’enquêteurs de la police et de la gendarmerie ont été formés en France depuis le vote de la loi sur la prévention de la délinquance en 2007 aux investigations sous pseudonyme qui permettent notamment de mener des enquêtes dans des espaces de discussion destinés à préparer ou réaliser de telles infractions contre des mineurs.

L’action judiciaire se déroule la plupart du temps avec une certaine discrétion pour préserver les droits de l’ensemble des parties, qu’il s’agisse des victimes ou des mis en cause. Certaines affaires sont médiatisées pour sensibiliser le public sur cette action et contribuer à la prévention de tels faits, ou parce qu’elles se sont déroulées sous le regard du public. Au passage, contrairement à ce qui a pu être écrit dans la presse récemment, ce n’est certainement pas la semaine dernière « la première fois » qu’un compte Twitter a été fermé pour diffusion de contenus pédopornographiques.

Que peut faire le public contre les atteintes aux mineurs sur Internet ?

Il est important de se tenir informé sur les risques, notamment si l’on est parent ou que l’on s’occupe d’enfants. Il est important dans ce contexte de maintenir un dialogue avec les enfants sur leur pratique de l’Internet et selon leur âge de contrôler éventuellement cet usage (par exemple avec l’aide d’un logiciel de contrôle parental, mais ce ne sera jamais suffisant).

Si on découvre des faits qui semblent relever d’infractions de cette nature, la seule bonne solution est de les signaler aux services chargés d’enquêter sur ces faits. En France, la plateforme de signalement conjointe à la police et à la gendarmerie est hébergée par l’OCLCTIC et joignable à l’adresse: https://www.internet-signalement.gouv.fr/. En Belgique, l’adresse est https://www.ecops.be/. Une vérification systématique est réalisée sur les signalements transmis à cette équipe et si une enquête est justifiée elle sera rapidement confiée à un service spécialisé. D’autres canaux existent pour la dénonciation de contenus illicites de ce type, notamment le Point de contact de l’AFA en France (et le lien présent obligatoirement depuis la page d’accueil de tout FAI ou hébergeur en France), ou encore le réseau INHOPE.

Il ne faut surtout pas rediffuser l’adresse de ces contenus (qu’il s’agisse de l’adresse d’un site Web ou le pseudonyme d’un compte Twitter) à d’autres en appelant à les « dénoncer en masse ». D’abord c’est contre-productif, parce que l’objectif est justement que ce type de contenu ne puisse être visible et qu’une seule dénonciation suffit à ce qu’un contenu soit évalué, notamment sur les plateformes de signalement officielles. Ensuite, on risque de soi-même commettre une infraction : pour diffamation si la situation a été mal évaluée (on retweete souvent ce type de message sans vérifier, ce qui semble normal) ou bien a contrario si l’on facilite la diffusion du contenu illégal (ne pas oublier que Twitter est un média mondial et qu’on est en principe lu et lisible par tout le monde).

Rajoutons que sur Twitter en particulier (voir la page d’information), comme sur Facebook (pages d’aide), on peut directement signaler un contenu préjudiciable par différentes fonctions (Lien « Signaler ce contenu » à côté d’une vidéo ou d’une image sur Twitter, ou lien « Signaler » dans le menu déroulant de chaque contenu sur Facebook).

Si un enfant est manifestement en danger immédiat, il faut prévenir rapidement des services capables de traiter urgemment la situation, par exemple en composant le 17 ou le 112 en France ou encore le 119 Allo Enfance en Danger (le 119 est joignable 24h/24 et 7 jours sur 7). Voir sur Wikipédia la liste des numéros d’urgence selon votre pays.

Enfin, si l’on souhaite s’investir durablement, différentes associations contribuent en France et ailleurs à la lutte contre les atteintes aux mineurs sur Internet. On peut citer sans ordre de préférence la Fondation pour l’EnfanceAction Innocence ou encore e-Enfance, et il y en a d’autres abordant ces questions sous différents angles.

Les rançongiciels sont toujours très actifs

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Site d’information http://stopransomware.fr/

Au mois de décembre, nous faisions état du lancement de plusieurs campagnes de diffusions de virus se faisant passer pour des services de police dans toute l’Europe et au-delà, en France l’image de la gendarmerie étant particulièrement utilisée à cette fin. Une réunion de coordination s’est tenue au siège d’Europol à la Haye le 25 avril 2012.

Le développement de ces campagnes est évidemment très suivi par les services de police et des investigations sont en cours. Les chercheurs en sécurité et les sociétés spécialisées en sécurité publient de nombreuses analyses sur le comportement des virus impliqués, des infrastructures qui servent à les diffuser et des groupes qui semblent être derrière ces pratiques. La figure ci-dessous donne un résumé des variantes qui sont aujourd’hui observées – elles sont documentées aussi sur le wiki Botnets.fr dans la rubrique Police lock:

Variantes des rançongiciels policiers

Fonctionnement

Le principe rencontré est souvent très similaire:

  • La victime est attirée par différents moyens vers des plateformes d’attaques (exploit kits):
    • Affichage d’une bannière publicitaire sur un site Web légitime (sites à fort trafic, souvent des sites Web de streaming pornographique)
    • Affichage d’une page Web légitime dont le contenu a été modifié illégalement (des scripts malveillants ont été installés sur le serveur à l’insu de leurs propriétaires)
  • Selon la configuration de l’ordinateur de la victime, différents scripts lui sont présentés pour exploiter des vulnérabilités connues (notamment dans des extensions comme Flash ou Java) et un virus est téléchargé et installé.
  • Le virus affiche une page Web distante bloquant tout usage de l’ordinateur et réclamant le paiement d’une amende. Le contenu de la page est différent en fonction de l’adresse IP d’où la personne se connecte, pour s’adapter à son pays de résidence – en tous cas le pays d’où l’on se connecte.
  • Le paiement de cette rançon (il ne s’agit évidemment pas d’une amende légale) utilise des tickets de paiement électronique que l’on achète en général en France dans les bureaux de tabac (Ukash ou Paysafecard) et qui sont habituellement utilisés par les français sur des plateformes de jeux en ligne.
  • Le paiement de la rançon ne débloque évidemment pas l’ordinateur.
  • Certaines versions chiffrent des fichiers personnels et rendent le système encore plus difficilement utilisable.
  • Ils fonctionnent avec tous les principes des botnets : logiciel malveillant sur la machine de la victime, système de commande et de contrôle avec panneau de commande, réception d’ordres à exécuter (parfois même mises à jour et téléchargement d’autres virus), envoi d’informations vers le système de commande (les codes PIN des systèmes de paiement électronique).

Versions plus récentes

Les nouvelles versions continuent de se développer, notamment par leurs visuels, mais aussi par les infrastructures utilisées et donc vraisemblablement les équipes qui sont derrière:

Une nouvelle version du virus exploitant l’image de la gendarmerie française

Dans une autre variante, c’est l’image de la SACEM et de la police nationale française qui sont exploitées

Une autre version (repérée par Malekal.com) utilisant divers logos dont ceux de l’ANSSI et de l’OCLCTIC.

Que faire ?

Les points clés de l’action pour l’utilisateur final sont les suivants (on peut aussi consulter le document de prévention proposé par Europol):

  • Se tenir informé, et informer ses collègues et ses amis. L’information est cruciale pour prévenir les différentes formes d’escroquerie.
  • Tenir à jour son ordinateur (système d’exploitation, mais aussi tous les logiciels et les extensions que l’on utilise)
  • Ne jamais payer ce genre de rançons, elles ne débloquent pas la situation. Et on le rappelle: les services de police ne réclament pas le paiement d’amendes en bloquant les ordinateurs.
  • Si on est contaminé chez soi, ne pas hésiter à chercher de l’aide auprès d’amis, de forums d’entraide (comme forum.malekal.com) et auprès des sociétés spécialisées dans la lutte contre les virus.
  • Si on est contaminé au travail, il est important d’en parler à son responsable informatique ou son correspondant en sécurité des systèmes d’information. Ils doivent être au courant de ce type d’incidents et pourront vous aider à rétablir un équipement en fonctionnement normal sans perdre vos données.

Quelques liens vers des outils gratuits de décontamination (non exhaustive, pardon d’avance si j’en oublie) :

Le DNS cible de toutes les attaques?

Le DNS (domain name system – voir l’article de Wikipédia) est ce service qui permet à votre ordinateur de faire le lien entre un nom de serveur et une adresse IP. Il permet aussi aujourd’hui de diffuser de plus en plus d’informations contribuant à la sécurité des domaines sur Internet. L’actualité de ce début d’année 2012 offre de nouvelles occasions d’en parler, abordons deux d’entre elles:

  • DNS Changer, un logiciel malveillant que l’on croyait maîtrisé, fait encore et toujours parler de lui et pourrait très bien empêcher certains d’entre nous de naviguer d’ici quelques jours ;
  • Une nouvelle vulnérabilité dite des « domaines fantômes » (Ghost domains) a été révélée récemment par des chercheurs, qui pourrait permettre à des domaines abandonnés ou fermés de continuer à survivre dans certaines portions de l’Internet et permettre des abus.

DNS Changer

Le 9 novembre 2011, le ministère de la justice américain annonce (voir l’histoire telle que la raconte le FBI) la réussite de son opération Ghost Click. Ainsi six résidents Estoniens ont été interpellés pour avoir géré une opération criminelle qui leur permettait d’escroquer des millions d’internautes et un certain nombre de sociétés gérant des campagnes publicitaires.

Une variante du cheval de Troie Zlob avait été créée, apparemment en 2006 ou un peu avant, pour modifier de façon massive la configuration DNS des victimes. La première version de ce cheval de Troie, appelé DNS Changer par la plupart des sociétés antivirus, modifiait la configuration des systèmes d’exploitation pour que la résolution des noms de domaine ne soit plus réalisée par les serveurs de noms de domaine du fournisseur d’accès de la victime, mais par une batterie de serveurs gérée par le groupe criminel. Une version ultérieure permettait même la modification de la configuration de certains routeurs locaux (les boîtiers que l’on installe chez soi pour permettre l’accès à plusieurs ordinateurs au travers de la même connexion Internet).

Les serveurs de noms de domaine contrôlés par le groupe criminel étaient sur les adresses IP suivantes:

  • 85.255.112.0 à 85.255.127.255
  • 67.210.0.0 à 67.210.15.255
  • 93.188.160.0 à 93.188.167.255
  • 77.67.83.0 à 77.67.83.255
  • 213.109.64.0 à 213.109.79.255
  • 64.28.176.0 à 64.28.191.255

Ainsi, le trafic légitime des utilisateurs était détourné vers des sites commerciaux associés à ces criminels, conduisant par exemple les victimes à effectuer des achats sur des sites illégitimes, ou bien l’ordinateur affichait des campagnes publicitaires non prévues. Cela leur permettait aussi d’empêcher les mises à jour de logiciels antivirus.

Le groupe criminel était à la tête d’une société qui avait pignon sur rue, Rove Digital (voir la synthèse réalisée par Trend Micro), elle-même ayant plusieurs filiales (Esthost, Estdomains, Cernel, UkrTelegroup,…) – j’ai déjà évoqué Estdomains dans un article précédent sur les hébergeurs malhonnêtes. Comme on peut le lire dans l’article de Trend Micro, leurs activités ne se limitaient pas aux DNS malveillants (commercialisation de faux antivirus notamment).

Des serveurs DNS remplacés par des serveurs sûrs, mais plus pour longtemps

Grâce à une décision judiciaire et l’assistance de sociétés spécialisées dans la sécurité informatique (regroupées dans le groupe de travail DCWG), l’ensemble de ces serveurs de noms de domaine ont été remplacés par des serveurs légitimes (gérés par ISC). L’avantage d’une telle solution est qu’elle n’a pas soudainement coupé des millions de personnes d’un accès normal à Internet. L’inconvénient est qu’elles ne se sont pas forcément rendues compte qu’elles étaient concernées.

Cette solution est à comparer à celle qu’ont employée les autorités néerlandaises lors du démantèlement du botnet Bredolab. Dans ce dernier cas, les victimes étaient redirigées, grâce à l’utilisation de fonctions intégrées dans le logiciel malveillant, vers une page Web les avertissant de la contamination:

Message de la police néerlandaise pour avertir les victimes du botnet Bredolab

Mais, dans les prochaines semaines, vraisemblablement le 8 mars, les serveurs gérés par le DCWG ne fonctionneront plus et les ordinateurs qui sont encore contaminés par ce logiciel malveillant ou qui ne sont pas complètement reconfigurés ne pourront plus accéder normalement à Internet, les serveurs DNS qu’ils utilisent n’étant plus accessibles. Il est donc important de vérifier qu’on n’est pas concerné.

Pour vous aider à faire cela, des serveurs Web ont été mis en place dans différentes parties du monde qui vous permettent de vérifier si vous pouvez être concerné. Ainsi le CERT-LEXSI a mis en place la semaine dernière un serveur http://www.dns-ok.fr/ qui doit vous afficher l’une des pages ci-dessous:

Tout va bien

Rien ne va plus

Si vous voulez aller plus loin et vérifier plus avant votre configuration, vous pouvez consulter ce document en anglais diffusé par le FBI (voir le PDF joint) et qui donne un peu plus de précisions sur les vérifications à effectuer. En pratique, il s’agit de vérifier que la configuration DNS de vos ordinateurs ou routeurs locaux ne pointe pas vers l’une des adresses IP listées plus haut dans l’article.

Vous trouverez d’autres ressources ici: http://www.dcwg.org/checkup.html et notamment une liste de serveurs de diagnostic par le Web ici: http://dns-ok.de/, http://dns-ok.be/, http://dns-ok.fi/, http://dns-ok.ax/, …

Que faire si vous pensez être concernés?

Les conseils sont ceux que l’on donne habituellement lors de la découverte d’une contamination virale informatique: sauvegardez vos données les plus sensibles, mettez à jour votre logiciel antivirus (après avoir réglé correctement votre configuration DNS) et lancez une procédure décontamination au démarrage si elle est disponible dans votre logiciel et n’oubliez pas de faire le ménage sur tous vos supports amovibles (clés USB) qui sont connus pour avoir été utilisés pour la diffusion de cette catégorie de logiciels malveillants. Vous trouverez d’autres conseils sur le blog Malekal.

Est-ce qu’il s’agissait d’un botnet ?

Oui. Il ne s’agit pas de la structure classique d’un botnet tel qu’on l’imagine habituellement (logiciel malveillant qui reçoit des commandes sur un serveur IRC ou en se connectant sur un serveur Web), mais il y a un bien une infrastructure de commande (les centaines de serveurs DNS de Rove Digital/Esthost), un langage de communication particulier au travers de ces serveurs DNS, et une prise de contrôle assez avancée du comportement de la machine des victimes. Cette organisation malveillante rentre donc bien dans la définition que nous donnons d’un botnet sur le wiki Botnets.fr.

C’est exactement ce que dit Trend Micro dans son article sur ce dossier. J’avais évoqué d’autres modes de commande originaux pour des botnets sur ce blog: des images ou des Google groups.

Les domaines fantômes

La vulnérabilité dite des ghost domains n’a aucun rapport avec l’opération Ghost Click que nous venons d’évoquer, mais elle concerne bien une faille dans les serveurs DNS, même si elle n’a pas d’impact immédiat pour la plupart des lecteurs de ce blog.

Des chercheurs chinois et américains (Jian Jiang, Jinjin Liang, Kang Li, Jun Li, Haixin Duan et Jianping Wu) ont ainsi mis en évidence, dans un article intitulé Ghost Domain Names: Revoked Yet Still Resolvable (voir le PDF), qu’il était possible de maintenir, dans la mémoire cache d’une grosse partie des serveurs DNS répartis sur la planète, la résolution d’un nom de domaine qui n’est normalement plus actif, longtemps après qu’il ait été révoqué.

En théorie, cela permet par exemple de maintenir en activité un système de commande et de contrôle d’un botnet longtemps après qu’il ait été mis hors service.

Principe de la vulnérabilité

Le principe décrit par les auteurs suppose d’interroger l’ensemble des serveurs DNS dans lesquels on cherche à maintenir l’information vivante, avec des requêtes qui provoquent une mise à jour. Pour ce faire:

  • si le nom de domaine que l’on cherche à protéger est fantome.com
  • que le serveur de nom de domaine principal de ce domaine est dns.fantome.com (pointant vers l’adresse IP x.y.z.t
  • on modifie le nom du serveur pour un autre, soit par exemple test.fantome.com (pointant toujours vers x.y.z.t)
  • et on interroge ensuite chacun des serveurs DNS attaqués pour qu’ils identifient test.fantome.com
  • comme ils ne connaissent pas test.fantome.com mais savent déjà résoudre les adresses du domaine fantome.com, ils se connectent sur x.y.z.t et se rendent alors compte qu’il a changé de nom et mettent à jour le serveur de nom de domaine pour fantome.com avec la valeur test.fantome.com et réinitialisent la valeur du TTL (time to live, voir Wikipédia), qui constitue en quelque sorte la date d’expiration de l’information dans le cache local du serveur DNS.

Ainsi, pour tous les serveurs qui sont vulnérables à cette attaque, si on les contacte au moins une fois par jour (ou juste un peu moins qu’un jour, si le TTL est configuré à 86400 secondes) pour provoquer une mise à jour, ils continueront de conserver l’information erronée, sans jamais vérifier auprès des registres de noms de domaine de plus haut niveau (voir Wikipédia).

Quel est le risque réel

Les chercheurs soulignent dans leur article qu’ils ont pu mesurer qu’une grande majorité des serveurs DNS sont concernés aujourd’hui par cette vulnérabilité. Et s’ils n’ont pas identifié une utilisation passée, ils ont pu montrer qu’elle fonctionnerait. L’un des scénarios qu’ils décrivent consisterait à cibler l’attaque contre des serveurs de noms de domaine d’un réseau donné. Des mises à jour sont en cours de déploiement dans différentes versions des serveurs DNS. Selon les spécialistes interrogés (voir l’article du Register), le risque n’est pas très grand étant donné que la vulnérabilité permet uniquement de maintenir en fonctionnement des domaines malicieux après leur disparition et non pas d’injecter des informations erronées sur des domaines légitimes existants (voilà quelques années, Dan Kaminsky mettait en lumière une faille beaucoup plus importante, en voir la synthèse chez Stéphane Bortzmeyer).

Conclusion

Internet fonctionne sur un ensemble de fonctions essentielles dont les serveurs DNS ou le protocole de routage BGP. Bien qu’ils soient relativement simples au départ, la complexité de l’Internet, la nécessité de diffuser et propager l’information rapidement les rend particulièrement vulnérables. Il est donc important de suivre leur sécurité du cœur de l’Internet jusque dans la mémoire de votre ordinateur.

Pour aller plus loin

J’ai déjà parlé du DNS dans plusieurs articles que vous pouvez retrouver ici:

D’autres articles sur les domaines fantômes:

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