Assises de la sécurité 2012 – Jour 1

Les Assises de la sécurité sont un des événements importants qui jalonnent l’année des professionnels de la sécurité des systèmes d’information en France où se rencontrent la communauté des RSSI (responsables en sécurité des systèmes d’information) et ceux qui leur apportent des solutions. Elles se déroulent sur trois jours alternant conférences invitées, ateliers de partage d’expérience et salon professionnel.

L’allocution d’ouverture donne cette année la tonalité avec une présentation remarquée de Patrick Pailloux, directeur général de l’ANSSI (agence nationale de la sécurité des systèmes d’information). Il propose trois points clés pour l’action des mois à venir:

  • Poursuivre les efforts en matière d’hygiène élémentaire de sécurité, sujet qu’il avait promu lors de son intervention en fin des Assises l’an dernier. L’ANSSI publie ainsi aujourd’hui une première version d’un document contenant 40 règles permettant de concrétiser cette hygiène élémentaire dans les entreprises. Il est plutôt destiné aux organisations de taille moyenne à grande, même si l’essentiel des règles sont transposables dans les petites structures. L’ANSSI souhaite recevoir rapidement les premières réactions et propositions constructives pour améliorer ce document.
  • Savoir dire non. De la même façon qu’il existe des règles contraignantes pour emprunter les routes, il est important que les règles édictées pour la sécurité des systèmes d’information soient prises en compte sérieusement et contrôlées au sein des organisations. Elles sont nécessaires pour protéger les données et applications sensibles de l’entreprise. Il faut que les responsables et leurs hiérarchies soient en mesure de ne pas céder à toutes les modes, tout en apportant des solutions aux besoins premiers des organisations dans l’environnement concurrentiel ou en tous cas moderne dans lequel elles évoluent. Patrick Pailloux citait ainsi tout autant l’exemple des règles élémentaires autour de l’utilisation des contrôles d’accès aux applications (fermer l’accès quand on quitte son bureau) que la sécurité des accès nomades ou l’arrivée des objets communicants personnels dans les organisations.
  • Enfin, le directeur général de l’ANSSI a mis en avant la préoccupation principale de l’agence aujourd’hui: la sécurité des systèmes industriels et il a réaffirmé avec conviction la nécessité de déconnecter ce type de systèmes de l’Internet et d’explorer d’autres modes d’interaction entre les systèmes de production et les systèmes de communication classiques.

Ces Assises commencent donc avec un message placé sous le signe de l’ambition et de l’appel à l’action.

Lendemain de SSTIC

J’ai eu la chance cette année de pouvoir préserver le début du mois de Juin et participer au Symposium sur la Sécurité des Technologies de l’Information et de la Communication / SSTIC 2010, dans les locaux de l’Université de Rennes.

Un grand bravo aux organisateurs qui relèvent le défi de rassembler plus de 400 personnes à des conditions financières très raisonnables (à comparer aux autres conférences sur la sécurité au niveau mondial). Merci enfin de leur accueil particulièrement chaleureux !

Blogging and tweeting

Le programme de la conférence était effectivement particulièrement riche et plusieurs d’entre nous ont fait l’effort de commenter chacune des présentations dans le détail (sid 1, 2, 3, n0secure, le micro-blogging de jpgaulier, Yvan VANHULLEBUS 1, 2, 3, Mat pentester).

Les hashtags à suivre sont évidemment #sstic et #sstic2010.

Quelques-unes des conférences

Sans faire la revue intégrale de toutes les interventions, voici ce qui a attiré mon attention:

  • DGSE et ANSSI en ouverture et clôture, pour mieux se faire connaître et clairement pour recruter (c’est un bon endroit pour le faire indéniablement);
  • Ph. Lagadec (OTAN/NC3A) qui présentait un démonstrateur d’une solution développée dans son laboratoire pour rassembler dans une interface opérationnelle (CIAP) l’ensemble des données de sécurité d’un réseau, sur la base d’un modèle de données commun et un projet connexe (DRA), pour l’analyse de risque en temps réel d’une alerte,
  • E. Barbry (avocat) a su présenter de façon simple et percutante l’environnement juridique en 2010 des RSSI,
  • Les parades contre les attaques physiques sont mises à l’épreuve avec une étude d’Intel VT-d (et une démonstration difficile d’une nouvelle attaque Firewire) et un retour sur les attaques contre les cartes réseaux et en particulier l’implémentation du protocole ASF (Alert Standard Format) par les petits gars de l’ANSSI (voir leur site à ce sujet).
  • Frédéric Connes (HSc) nous a fait partager les résultats de sa thèse sur un système de vote électronique basé sur la distribution d’un reçu à chaque votant et un processus de contrôle collaboratif. La communauté du SSTIC était un peu perplexe, car surtout peu habituée à discuter de ces sujets, mais comme j’avais pu l’évoquer avec G. Desgens dans notre livre L’identité à l’ère numérique, il est indispensable de développer une recherche poussée sur le vote électronique qui sera un outil incontournable de notre démocratie (Patrick Pailloux DG de l’ANSSI le répétait le lendemain),
  • F.-X. Bru et G. Fahrner (article par ici) nous ont fait une très sympathique et efficace présentation de leurs travaux sur la sécurité de Facebook et notamment la capacité de collecter rapidement des données personnelles grâce à la diffusion virale d’une application,
  • H. Welte (son blog) nous a présenté deux projets autour du GSM dans lesquels il est très actif, OpenBSC (plateforme expérimentale d’un contrôleur de station de base GSM) et OsmocomBB (une implémentation opensource de pile réseau de terminal mobile). Il a d’ailleurs été l’un des chanceux qui ont réussi leur démo cette semaine, avec une injection de code au démarrage d’un terminal GSM Nokia,
  • J’étais absent pendant la présentation de N. Ruff sur l’audit des applications .NET complexes, car convié à la présentation des technologies d’une entreprise locale,
  • C. Halbronn a fait un tour d’horizon des défauts de Windows Mobile et une démonstration des risques liés aux rootkits sur cette plateforme,
  • Une mention spéciale à Mathieu Baudet qui a été quelque peu chahuté par la salle, car il n’était pas préparé à ce type de public et donc avait une présentation trop peu technique et pas assez centrée sur son sujet principal. J’ai appris ensuite qu’en fait il remplaçait ici un autre orateur invité qui n’a pas pu venir. Le projet qu’il a présenté, OPA une plateforme de construction d’applications Web sensé améliorer la sécurité n’en est pas moins intéressant. Si les participants au SSTIC sont cohérents, j’espère que l’année prochaine on aura une présentation critique sur les failles éventuelles d’OPA 🙂 !

J’avais aussi la chance d’être invité et donc de pouvoir m’exprimer sans passer par les fourches caudines du comité de programme, donc un grand merci pour cette occasion qui m’était offerte de partager quelques réflexions sur la lutte contre les botnets (mon papier). N’hésitez pas à me contacter (les commentaires sont modérés, donc non publiés par défaut) si vous avez toute idée sur l’action dans ce domaine.

La Rump Session

4 minutes, pas une seconde de plus pour présenter une idée, un projet, une découverte ou se moquer d’un camarade de la communauté… J’ai relevé en particulier:

  • Une démonstration d’attaque contre les cartes de fidélité de machines à café, présentée de façon humoristique et très efficace avec un petit film.
  • Un projet prometteur de Maltego-like intitulé netglub, basé sur un modèle d’agents distribués.
  • Les dernières évolutions d’ExeFilter une plateforme de nettoyage des contenus malveillants potentiels dans les flux Internet (PDF, pages Web, mail,…). Une approche complémentaire aux antivirus, particulièrement intéressante.

Le Challenge SSTIC

Les résultats du Challenge SSTIC 2010 ont été annoncés au début de la deuxième journée du symposium. Particulièrement complexe, il était basé sur l’analyse d’un dump mémoire de téléphone Android, la résolution d’une énigme et pour les plus audacieux, l’utilisation de techniques cryptographiques. Pour y répondre il fallait retrouver une adresse de courrier électronique @sstic.org. Merci à l’ANSSI d’avoir fabriqué le challenge et à tous ceux qui se sont acharnés pour découvrir la solution. Au passage, on note qu’il y a indéniablement du développement à réaliser dans le domaine de l’analyse de la mémoire des systèmes de type Linux !

Bilan

Le public présent au SSTIC 2010 était globalement très jeune et assez pointu. La communauté française de la sécurité numérique technique donne une image dynamique et j’ai noté un vif intérêt pour les sujets liés à l’investigation numérique et à la criminalistique (plus fort en tous cas que chez les RSSI français). Ce n’est clairement pas une conférence pour débuter sa formation dans le domaine de la sécurité, mais avant tout pour partager sur l’actualité de la recherche et de la réflexion sur la sécurité numérique aujourd’hui.

Rendez-vous donc à l’année prochaine, je l’espère, et amitiés à tous les contacts que j’ai pu avoir pendant ces trois jours.

Panorama Cybercriminalité 2009 du CLUSIF

Le CLUSIF présentait mercredi 13 janvier 2010 son panorama 2010 sur la cybercriminalité. Je n’étais pas sur la scène cette année, en effet nous avions invité Isabelle Ouellet de la Sûreté du Québec pour représenter les services d’enquête. A noter enfin les travaux présentés par François Paget sur une société Ukrainienne.

La présentation est disponible en téléchargement sur le site du Clusif et la vidéo le sera d’ici quelques jours.

Comme chaque année, il s’agit d’offrir un regard sur les événements de l’année passée en matière de cybercriminalité et de sécurité des systèmes d’information et d’envisager leur impact sur la France en particulier pour l’année ou les années à venir. L’ensemble des membres du groupe de travail ont alternativement pointé des faits d’actuailité de 2009 qui leur semblaient importants, en ont discuté, et ensuite un certain nombre d’entre nous ont été choisis pour les présenter. Le travail s’est donc enrichi cette année par l’apport de personnalités étrangères (notamment canadienne et roumaine) et par un rallongement de la présentation pour intégrer les risques numériques.

En italique mes commentaires personnels éventuels.

  • Sécurité du GSM: Alain THIVILLON (Consultant chez HSC) a présenté les risques autour de la confidentialité des communications GSM qui ont été dévoilés cette année. Une raison de plus de s’intéresser en 2010 aux risques inhérents aux terminaux mobiles (systèmes d’exploitation plus ouverts, logiciels malveillants, connexion permanente…).
  • Services généraux sur IP: sécurité périmétrique ou incendie, réseaux de commande industrielle, gestion de l’alimentation électrique, etc., l’ensemble des services généraux basculent dans le monde IP et il devient de plus en plus criant que la sécurité de ces services contre les atteintes classiquement rencontrées dans les réseaux IP n’est pas prise en compte. La présentation reprend des cas concrets d’atteintes à des systèmes de vidéo surveillance notamment.
  • Câbles et ruptures de service: Pascal LOINTIER (Président CLUSIF) reprend alors la parole pour rappeler les différents incidents survenus en 2009 sur des infrastructures de réseau ou d’énergie transcontinentales ou locales. Il conclut sur la nécessité de toujours prévoir une double adduction sur les sites critiques.
  • Cloud computing: Les offres d’hébergement mutualisé « dans le nuage » ont de plus en plus de succès, qu’il s’agisse de gestion complète de son courrier électronique, de son back office ou de sa présence commerciale. Le but de cette évocation est de rappeler qu’il s’agira toujours d’hébergement physique avec les risques inhérents et qu’il faudra toujours y regarder de près quant au lieu de stockage des données (risques juridiques et sécuritaires) ou aux garanties de reprise d’activité: la délégation de la sécurité ne veut pas dire sécurité absolue.
  • ANSSI – retour d’expérience sur une attaque en déni de service: après avoir présenté la nouvelle agence créée en juillet 2009, qu’il a rejointe à ce moment-là pour diriger le CERTA, Franck VEYSSET est revenu sur les enseignements de la gestion d’une attaque en déni de service contre un serveur Web de l’administration. L’impact sur l’ensemble des services de messagerie ou même d’accès Internet a été immédiat et la réponse a été tant technique que judiciaire. Ainsi, des règles de routage (blackholing) ont permis au bout de quelques heures de diminuer l’impact et l’enquête judiciaire a conduit dans les jours suivants à la saisie d’ordinateurs qui servaient en France – à leur insu – à relayer cette attaque. Virut semblerait être le logiciel malveillant exploité pour exercer cette attaque.
  • Réseaux sociaux, menaces opportunités et convergence: Yann LE BEL (SNCF). On ne peut plus en douter aujourd’hui, au-delà de leur usage classique, les réseaux sociaux sont le lieu de tous les phénomènes sécuritaires des années à venir (gestion des conflits sociaux, communication des groupes criminels, rencontre avec les victimes, atteinte à l’image ou à la vie privée, diffusion de logiciels malveillants et autres méthodes d’escroquerie, etc.). 2010 devrait confirmer cette tendance et on peut parier sur une explosion de l’actualité sécuritaire autour des réseaux sociaux.
  • Carte bancaire: Fabien DAVID (Telindus), la carte bancaire est l’objet de toutes les attentions en 2009. La carte à puce EMV n’est toujours pas universelle, le modèle de sécurité PCI est discuté, les malwares apparaissent sur les guichets automatiques de banque et certains schémas ne résistent pas au passage à l’an 2010… Beaucoup de travail en vue pour les spécialistes.
  • Web 2.0, le 5ème pouvoir: Isabelle OUELLET (Sûreté du Québec) questionne l’impact du WEB 2.0 sur la société et l’émergence d’un cinquième pouvoir qui vient remettre en cause le pouvoir des médias, des gouvernements, et notamment des services de police. Sont cités notamment des cas de justice populaire numérique.

Une entreprise criminelle au microscope

Petite particularité pour cette année avec la présentation de François PAGET (McAFEE Labs) des résultats de ses recherches (avec un autre expert Dirk KOLLBERG) sur une entreprise ukrainienne aux activités manifestement douteuses et parfois illégales.

I[…] – et les sociétés qui lui sont directement liées (I[…], V[…], W[…], K[…], …) – produit notamment des faux antivirus et autres spywares ou scarewares (voir par exemple cet article sur Wikipédia). Pendant plusieurs mois ces experts ont amassé des dizaines de gigaoctets de documents sur les activités de cette société et exploré sa présence sur les réseaux sociaux.

Les enseignements: cette société a pignon sur rue, est organisée comme n’importe quelle SSII, recrute dans les grandes universités ukrainiennes (et certains de ses anciens employés sont maintenant dans de grands groupes internationaux) et elle réalise un chiffre d’affaires ahurissant (180 millions de dollars en un an). Elle dispose même d’un support technique pour ses clients malheureux, destiné à les arnaquer dans la durée !

Affaire à suivre donc !

Enquête sinistralité

Dans l’actualité du CLUSIF, le lancement de son enquête 2010 sur la sinistralité. L’enquête se déroulera au cours des six semaines à venir auprès des grandes entreprises et des administrations. A partir de mars, un groupe de travail étudiera les résultats de cette enquête.

Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information

logo_anssiComme je vous l’annonçais voici quelques mois, l’agence nationale de la sécurité des systèmes d’information a été portée sur le fonds baptismaux ce matin par la publication du décret n°2009-834 du 7 juillet 2009 au journal officiel. Cette création fait suite aux propositions du livre blanc sur la défense et la sécurité nationale du 17 juin 2008 (voir les pages 53 et 182 notamment).

Cette nouvelle agence succède à la DCSSI, direction centrale de la sécurité des systèmes d’information, et reste placée sous l’autorité du secrétaire général pour la défense nationale. Toutefois, la création de cette agence présente très clairement la volonté d’en augmenter la portée et les missions, qui sont beaucoup plus détaillées que dans le décret qui créait précédemment la DCSSI. Ainsi, dans les mois qui viennent, on peut compter sur une augmentation sensible et nécessaire de ses effectifs.

Ses missions redéfinies sont:

  • d’assister le SGDN dans ses attributions dans le domaine de la SSI ;
  • d’être l’autorité nationale en matière de SSI (moyens sécurisés de communication pour la Présidence de la République et le gouvernement, inspection des systèmes de l’État, délivrance d’agréments, formation, etc.) ;
  • de se prononcer sur la sécurité de certains produits et services (signature électronique, agrément des centres d’évaluation, délivrance des autorisations en matière de cryptologie, instruction des demandes d’autorisation présentées en application de l’article 226-3 du code pénal) ;
  • d’apporter son concours aux services de l’État en matière de SSI ;
  • de soutenir et orienter la recherche et l’innovation dans ces domaines.

Un comité stratégique de la sécurité des systèmes d’information est créé pour proposer les orientations stratégiques de l’État en matière de SSI.

Le site web de l’ANSSI est accessible ici : http://www.anssi.gouv.fr/

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