Les pirates ont pignon sur rue

Un phénomène de plus en plus courant est dénoncé aujourd’hui par un article posté sur Switched.com: la présence de vitrines commercialisant des services de « piratage » divers et variés. Bien évidemment, je ne donne pas dans cet article de lien directement cliquable vers ces sites web dont l’activité est illicite.

Ici ce sont deux sites Web qui sont présentés : yourhackerz.com et slickhackers.com.

Que proposent-ils ? On peut voir sur le site du premier la page d’accueil suivante :

Page d'accueil de YourHackerZ.com

Page d'accueil de YourHackerZ.com

et les services proposés: « Pour 100 dollars, nous crackons les mots de passe des principaux sites de messagerie web ». Ils indiquent être en relation avec slickhackers.com. On y retrouve le même concept, mais étendu à d’autres types de sites comme Facebook mais aussi les mêmes messageries en ligne.

Aparté juridique

Sur le plan juridique, je rappelle que non seulement les services commercialisés par de telles personnes sont répréhensibles pénalement (2 à 3 ans de prison et 30.000 à 45.000 euros d’amende au moins en France, selon que le procédé suppose ou non de modifier le mot de passe), mais de la même façon pour toute personne qui achèterait un tel service ou en utiliserait le résultat. De surcroît, il s’agit vraisemblablement d’un groupe de délinquants rentrant dans la définition de la délinquance organisée, donc susceptibles de circonstances aggravantes.

Creusons un peu le dossier

Le site web que nous examinons ici est hébergé sur une adresse IP (94.194.139.xxx) qui héberge plusieurs sites Web :

Un examen des informations d’enregistrement de ces domaines nous donne des informations d’enregistrement pour :

  • Un certain V.M. (pas besoin de mentionner le nom complet pour la démonstration et de toutes façons c’est certainement un alias), chez Dynadot.com
  • Un certain V.S.
  • Un certain M.K.
  • Un certain H.S., dans un autre bureau d’enregistrement (EHostpros.com), avec cette fois-ci une adresse postale au Royaume-Uni.

L’adresse IP du serveur est identifiée elle-même comme correspondant à un serveur hébergé au Royaume-Uni (AS 35228, Beunlimited), qui semble en réalité être un fournisseur d’accès, donc vraisemblablement ici un hébergement artisanal « à domicile » (www.bethere.co.uk). Soit il s’agit de l’abonnement du premier suspect à inquiéter, soit il s’agit d’une machine dont le contrôle a été pris, à l’insu de son propriétaire…

Combien de temps avant que les personnes derrière ce site web soient identifiées et ce site fermé ? En plus, rien ne nous prouve (et je ne vais pas essayer ni les lecteurs non plus !) que le service offert soit réel.

Au passage, on note ici l’utilisation des services de Dynadot qui est souvent cité comme lié à des enregistrements de noms de domaines aux activités peu recommandables, tout simplement parce que cette société offre des services d’anoymisation et certainement des tarifs attractifs. Apparemment ces sites web sont en ligne depuis le début de l’année 2008 au moins…

En France, ce ne serait pas simple de mener une enquête sur ce type de site Web. En effet, il n’est possible de rentrer en contact et échanger avec des délinquants supposés (et donc vérifier les services proposés) que pour les infractions liées aux atteintes aux mineurs et de traite des êtres humains, visées par les articles 706-35-1 et 706-47-3 du code de procédure pénale introduits par la loi sur la prévention de la délinquance de mars 2007 (j’ai évoqué ce thème des cyberpatrouilles à plusieurs reprises). Souhaitons que ces dispositions soient étendues aux infractions d’atteintes aux systèmes de traitement automatisé de données.

Cyberpatrouilles : premiers dossiers

In English anglais

Messageries instantées: de nombreuses rencontres s'y poursuivent

Messageries instantées: de nombreuses rencontres s'y poursuivent

La presse s’en est fait l’écho aujourd’hui, les cyberpatrouilles commencent d’ores et déjà à porter leurs fruits. Le procureur de la République de Bobigny a choisi de communiquer sur le dossier présenté par les gendarmes spécialement formés à la cyberpatrouille de la division de lutte contre la cybercriminalité du STRJD.

Vous pouvez lire par exemple cet article sur 01Net: La gendarmerie arrête un pédophile en s’infiltrant sur un forum.

Comme je le précisais pour mes lecteurs voici quelques jours, il ne s’agit pas à proprement parler d’infiltration, mais d’investigations sur Internet sous pseudonyme.

Certains se poseront certainement des questions sur la communication qui est faite autour de ce cas. Il s’agit ici non pas de révéler les méthodes utilisées par les enquêteurs, mais de signifier clairement aux prédateurs pédophiles qu’ils ne peuvent plus se considérer en terrain conquis sur les forums, chatrooms et autres espaces utilisés par les enfants et ainsi, réinstaurer la peur du gendarme.

Lancement des cyber-patrouilles

In English anglais

Cadre juridique

La loi sur la prévention de la délinquance de mars 2007 a introduit dans la législation française la possibilité pour des enquêteurs spécialement formés à cet effet de rentrer en contact avec des personnes soupçonnées de commettre des infractions de traite des êtres humains, de proxénétisme ou d’atteintes aux mineurs sur Internet et ainsi de collecter les preuves de ces infractions, sans que les actions des enquêteurs ne puissent constituer de la provocation.

Il s’agit des articles 706-35-1 et 706-47-3 du code de procédure pénale.

Un décret de mai 2007 est venu préciser les conditions d’application de ce texte et a introduit les articles D47-8, D47-9 et D47-11 du code de procédure pénale encadrant strictement la façon dont les cyber-patrouilleurs sont autorisés à échanger des contenus illicites sur Internet.

L’arrêté du 30 mars 2009, publié la semaine dernière, fixe les conditions de désignation des cyber-patrouilleurs. Il détermine aussi les missions du centre national d’analyse des images de pédopornographie, chargé de recueillir les contenus illicites collectés lors d’investigations judiciaires, en vue de faciliter l’identification des auteurs et des victimes de ces méfaits.

Que vont faire les cyber-patrouilleurs ?

Il s’agit dans un premier temps d’enquêteurs de la gendarmerie nationale et de la police nationale affectés dans des unités centrales (service technique de recherches judiciaires et de documentation – division de lutte contre la cybercriminalité pour la gendarmerie), afin d’éprouver les conditions d’action, avant de fournir cette formation à d’autres enquêteurs dans les régions.

Ils vont se rendre sur les mêmes forums, groupes d’échanges et de discussion que les pédophiles présumés et dialoguer avec eux. Il était en effet invraisemblable que des pédophiles puissent échanger impunément dans des forums dédiés à leurs pratiques (notamment en ce qui concerne l’échange d’images et de vidéos pornographiques mettant en scène des mineurs) et surtout comme c’est le cas de plus en plus souvent aller à la rencontre des mineurs sur les espaces où ces jeunes échangent en toute confiance.

Ces gendarmes et ces policiers, agissant sous pseudonyme, pourront ainsi collecter les preuves de ces infractions, notamment celles de sollicitations sexuelles à des mineurs de 15 ans, mais aussi toutes celles visées par les articles 706-35-1 et 706-47-3 du code de procédure pénale, et ainsi permettre l’interpellation de ces supposés pédophiles avant qu’ils n’aient pu rencontrer des enfants ou alors qu’ils échangent quotidiennement des contenus illicites.

Ces dangers pour les enfants sont réels, comme le rappelle la campagne actuellement menée par Action Innocence, dont vous pouvez voir un extrait ci-dessous :

Vodpod videos no longer available.

%d blogueurs aiment cette page :